Se venger ou pardonner ?

Largué quelque part sans aucun congénère, il ne serait pas étonnant que l’humain essaie de faire quelques vacheries à sa propre ombre, tant la trahison semble inscrite dans notre ADN. Et je passe à confesse, je suis très loin d’être une Sainte moi-même. Mais y a trahison et TRAHISON et face à cette dernière, que faire ?

Oublié, vraiment ?

Je ne dois pas être normale moi, ou c’est ça être rancunière ? En tout cas je suis étonnée d’entendre des gens dire J’ai tout oublié quand dans ce tout se trouvent toutes choses inimaginables infligées par d’autres. Puis en regardant de près, je réalise que ces propos ne sont en fait que du politiquement, socialement et religieusement correct. Non, je ne doute pas des capacités prodigieuses de notre cerveau, mais quand même…Mon point de vue personnel est qu’on n’oublie pas, cependant on n’autorise pas ces mauvaises expériences de nous pourrir le reste de notre existence ici-bas. Ça, c’est pour une partie de l’humanité, je ne sais dans quelle proportion exactement. Et il y a aussi une autre partie qui elle va feindre l’oubli pendant qu’elle ourdit sa vengeance, ce qu’évidemment je n’approuve guère. Mais alors, comment être de ceux-là qui n’oublient pas vraiment sans être prisonniers de la rancœur pour autant?

Dénoncer ce qui n’est pas anodin

On dit que si on suit toutes les dispositions juridiques, les tribunaux seraient surchargés. Il y a cependant des faits qui devraient y être portés mais qui ne le sont pas. Le truc c’est de distinguer l’anodin du grave.

Vous êtes bien d’avis que taquiner votre collègue de longue date au sujet de sa dernière folie capillaire ou picorer dans l’assiette de Doudou ne peuvent être comparés avec le fait de raconter à qui veut vous entendre que le  nouveau promu a des relations intimes avec des génies d’eau et a pratiqué du hacking sur votre cerveau pour vous voler vos brillantissimes idées ou à faire croire aux vôtres que vous mourrez de faim à la maison parce que la personne qui partage votre vie détourne tous vos stocks alimentaires pour ses affamés de parents pendant que vous ne voyez même pas la couleur de ses sous car c’est comme le manioc amer, il faut le tremper et le laver pendant des jours pour le rendre consommable ! A défaut d’un procès vous condamnant à dédommager d’une manière ou d’une autre cette pauvre personne prise dans le collimateur de votre aigreur, pourriez-vous refaire le chemin inverse, faire comprendre au même auditoire et leur dire d’en faire de même avec la leur que tout n’est que fruit de votre fertile imagination ? Ça vous dirait une carrière dans la création ? D’ici là, vous devez assumer les conséquences de vos médisances.

Selon leur gravité, les faits sont différemment punis et la victime doit aussi obtenir réparation. Mais il y aura toujours des gens désireux que leur supposée bonne réputation ne soit éclaboussée par aucun scandale et beaucoup vont nous soupçonner de vouloir nous enrichir sur le dos des autres, de n’être mû que par la conscience de la vacuité de notre vie face à leur bien mérité bonheur. Nous ne devons pas laisser tomber cependant.  

Empêcher que le tort se répète contre soi ou contre d’autres

Ne rien dire, faire comme si de rien n’était, autrement dit entretenir la même relation avec l’auteur de faits répréhensibles revient à lui apporter sa caution. Rien ne lui empêcherait de récidiver et on devient ainsi complice de notre propre malheur ou de celui des autres. On comprend alors l’intérêt de ne pas taire une violence quels que soient sa forme ou son auteur, de n’avoir aucune gêne à partir avec au moins la moitié du patrimoine constitué lors d’une union quand notre seule présence est devenue un supplice pour notre partenaire malgré toutes nos concessions.

Une bonne honte, l’idée de ne plus jouir du même confort matériel peuvent avoir un effet réellement dissuasif. Même l’Eglise que je connais prévoit des actes de pénitence, alors de grâce ne vous ramenez pas avec votre discours sur le pardon gratuit. On n’est pas plus catho que Francesco di Roma…

Dans certains cas, prendre de la distance avec qui nous a fait souffrir est déjà un bon moyen de nous protéger de lui et aussi de le punir car à son tour il souffrira d’avoir perdu son souffre-douleur, va se torturer en pensant qu’on a dévoilé toutes ses choses qu’il cache soigneusement au public et, fidèle à son personnage, il cherchera à expliquer la brouille en tournant les choses à son avantage. 

Campagne vs Campagne ?

On est une personne bien éduquée, n’est-ce pas ? Alors on ne se prête pas au jeu de dénigrement, ceci risquant de nous faire perdre toute crédibilité auprès de notre entourage. Autant nous disions plus haut qu’il est judicieux de dénoncer des méfaits et que justice soit rendue, autant nous condamnons le déballage des détails glauques quand cela n’est pas nécessaire.

Votre (ancien) bourreau nage dans le bonheur et en réaction, vous sortez vos cartes pour obscurcir ce tableau idyllique. Là encore vous avez tout faux. Souvenez-vous quand nous étions gosses et qu’on se brouillait avec un copain, on se rabibochait alors avec d’autres et veillons à faire souffrir celui mis à l’écart de la fausse complicité de notre tandem ou bande. Pour en revenir à votre relation, combien de personnes étaient loin de soupçonner ce qui se tramait et ont été surprises par votre décision ? Vous étiez les meilleurs copains, le couple modèle, la famille parfaite, l’équipe idéale. C’est dire que tous les comédiens ne gagnent pas des statuettes en février. Et au cas où ce bonheur n’est pas simulé, votre déconvenue y a contribué, l’autre en a tiré des leçons, pris conscience du sorcier qu’il y avait en lui et l’a exorcisé. Il vous sera donc éternellement reconnaissant…ou pas.

Plus près de toi mon Dieu

Bon, on exclue carrément la vengeance. En fin de compte vous risquez d’infliger une toute petite punition à quelqu’un qui mérite vraiment le pire, en effet vous n’avez pas idée de tout ce qu’il a été capable de faire ou alors vous vous en prendriez à un qui s’est sincèrement repenti. Bref, Dieu seul sait, lui seul décidera. Mais n’oublions pas, justice doit être rendue autant que possible ici-bas sur la terre pour les raisons précédemment données.

Et l’auto-apitoiement ? C’est à vous de voir si vous voulez passer vos jours à  pester contre le sort qui ne vous rend pas ce que vous méritez. Néanmoins, il ne faut pas non plus se consoler en se disant qu’après une telle épreuve on sera systématiquement récompensé, que tout marchera dans notre vie comme sur des roulettes, qu’importe notre attitude.

Qui ne s’est jamais demandé, pourquoi Dieu a-t-il laissé cela m’arriver ? Franchement entre nous, on n’est pas mieux que ceux-là qui ont tout pour eux ? La consolation ? D’abord ne pas se fier aux apparences, ensuite se remettre soi-même en question. Non, on n’est pas aussi lisse. Plutôt que de s’indigner devant le bonheur immérité des uns, on devrait plaindre l’infortune de ces autres véritablement bons sous tous les angles. Et là on peut voir qu’on est bien lotis en grâce. 

Des fois on aimerait bien que quelques miracles surviennent dans nos vies. Qu’après chaque médisance, calomnie, duperie, le coupable entre en transe ou en hypnose et dévoile toute la vérité. Que pour chaque tentative d’infidélité, vaginisme et impuissance couvre de honte les protagonistes. Les partisans de ces faits sensationnels connaissent bien les maîtres ouest africains dont je tairais les pays et aussi quelques ethnies de chez nous réputées d’avoir en leur sein des personnes pourvues de tels pouvoirs. C’est à leurs risques et périls !

Ne l’oublions pas, entre Dieu et nous c’est une histoire de liberté. Nous avons des choix à opérer et à assumer. En dépit des masques qu’arborent les autres pour nous duper, il nous offre toujours des indices pour percer leurs vraies personnalités et leurs manigances, ainsi que des circonstances défavorables ou non censées nous mettre à l’abri des déconvenues. Aussi ne pourrions-nous le blâmer pour des choses qui étaient évidentes et que nous avons ignorées. Et puis, on est qui même pour ne pas souffrir même un peu ? Vous savez ce qui est arrivé à son fils bien-aimé ? Humiliation, faux témoignage, trahison, reniement, torture, kari bé do ndon’t.

Le pardon à soi et à l’entourage

Bernés, nous le sommes tous, à différents degrés certes mais nous le sommes quand même. S’il est vrai qu’on doit reconnaître sa part de responsabilité dans ce qui nous arrive (afin d’éviter de se retrouver dans la même galère à l’avenir), on ne gagne rien à ressasser. Etre prudent ou vigilant ne fait pas moins de nous un humain avec une sensibilité que des aigrefins se plaisent à amadouer à mauvais dessein.

Dans le scénario il n’y a pas que nous et Madame Monsieur Trahison. N’omettons pas l’entourage, complice ou spectateur. D’un côté ceux qui agacés par notre assurance n’attendaient que de savourer le spectacle de notre effondrement et de l’autre ceux qui ayant découvert la supercherie voulaient nous épargner un choc en nous la cachant mais qui ainsi lui ont permis de perdurer, de s’amplifier. Pardonner à ces catégories semble encore plus difficile car il y en aura toujours pour se la ramener avec des idioties du genre Oh t’as vu l’autre, la vie lui réussit hein…Tu t’es vraiment fait avoir…Il vaut mieux se faire une carapace, éviter toute susceptibilité.  

Prendre sa revanche sans se perdre

Après un coup de canif dans une relation de confiance, la vie doit se centrer sur ce qui est essentiel pour soi et non autour de la volonté de prouver quelque chose à ceux qui ont blessé notre ego. Ne l’oublions pas, on est heureux qu’en faisant ce qu’on aime et en restant fidèle à ses principes.

Ne tombons pas non plus dans l’autre travers. S’il est vrai que les épreuves ont pour vertu de nous rapprocher de Dieu, beaucoup d’illuminés me laissent dubitative.

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