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Mais je ne suis pas comme Sou, le légendaire oncle. Sa mésaventure lui a sans doute ôté toute envie de ce plat pourtant si salvateur.
Sou rendait visite à son ami Ngor. La maîtresse de maison se devait d’offrir un repas à son homme et son hôte. Les temps étant durs, Dame Ngor se contenta de ne préparer qu’un modeste plat. Les agapes, ce sera une autre fois ! Les graines de haricot bouillies à l’eau, il ne faut y ajouter que du sel végétal, celui-ci sert à les attendrir et leur donner une jolie teinte dans les tons bruns, et aussi à en relever le goût. Mais voilà, la dégustation nécessite de l’huile et il n’y en avait plus à la maison. Madame fit part de son désarroi à son époux. Ngor rassura sa bien-aimée, une poêle bien chaude et de l’huile, il y en aura. Le haricot prêt, l’épouse fit chauffer une poêle qu’elle présenta à son mari. Sou vit alors son ami lever le postérieur, le déposer dans la poêle et comme promis, il eût de l’huile.
Peu de temps après cette nourriture miraculeuse, Sou se hâta d’inviter Ngor chez lui. Et devinez quel plat voulut-il partager avec son ami ? Du haricot ! Pour l’huile chérie, apportes-moi juste une poêle bien chaude. Mais oh, aucune matière grasse en vue, et le postérieur déposé dans la poêle y restait. Alors l’imitateur cria au secours, épouse et enfants se saisirent qui de lui, qui de la poêle et tirèrent, tirèrent. Impossible pourtant de les séparer. On se résolut alors à casser la poterie faisant office de poêle, mais il en restait toujours une partie qui épousait parfaitement les contours du postérieur d’Oncle Sou. Sachant son convive bientôt arrivé, il trouva cachette sous son lit.
Arrivé chez son ami, Ngor fut surpris d’apprendre qu’il s’était absenté. Des aboiements fusant de la case de Sou, on lui apprit qu’une chienne venant de mettre bas s’y était réfugiée avec ses petits. Cette information devait lui faire prendre la poudre d’escampette quand on connait la férocité des mères-chiennes, prêtes à s’en prendre à quiconque représentait selon elles un danger pour leur progéniture. Mais Ngor n’était pas dupe. Il n’y avait pas dernièrement de chienne pleine à la maison. Quant à ces aboiements venant de la case de Sou, ils n’étaient qu’une grossière imitation, et pour être son ami il le savait toujours en train de se mettre dans des situations au mieux burlesques mais parfois carrément suicidaires. Alors d’un bond, échappant à la vigilance de l’assistance qui voulait le retenir histoire de ne pas exposer la honte du chef de famille, Ngor franchit le seuil de la case. Les yeux globuleux de son ami le fixaient d’en dessous son propre lit. Le tirant hors de là, il vit son derrière calfeutré et il comprit.
Une autre poêle fut chauffée et la prodigieuse huile de Ngor coula. Elle servit à agrémenter le plat de haricot et surtout à libérer Sou de son encombrant accessoire puis soigner l’empreinte laissée sur son postérieur.
Ngor, le poisson, et notre oncle Sou, homme ? Araignée ? Autre animal ? Ont-ils les mêmes attributs pour réussir les mêmes choses ? Réfléchissez-y avant de vouloir reproduire les succès des autres, sinon gare à votre popotin !
